Face à une demande du grand public de s'investir bénévolement dans des actions concrètes à effectuer en forêt, l'ONF de Fontainebleau s'est penché sur la faisabilité de la mise en place d'un programme de bénévolat.
Elle s'est tournée pour ce faire vers ses homologues de la Forestry Commission (administration forestière britannique). En effet, depuis 1999, l'agence de la Forestry Commission ayant en charge la gestion de la New Forest (une forêt du Sud de l'Angleterre) a développé un programme entièrement dédié à la gestion d'une soixantaine de bénévoles : recrutement, formation et organisation du travail quotidien.
Les bénévoles sont essentiellement des retraités, des travailleurs à temps partiel, de jeunes demandeurs d'emploi cherchant à acquérir de l'expérience ou des personnes voyant là un moyen de socialiser. Leur sélection se fait lors d'entretiens individuels qui permettent de choisir les futurs bénévoles sur base de leurs motivations réelles.
Un contrat est dressé entre les deux parties. Il est assez succinct et comprend principalement la durée d'engagement du bénévole, la nécessité pour celui-ci d'être assuré dans le cadre de ses missions de bénévolat et le fait que le bénévole reconnaît et déclare n'être pas un employé de la Forestry Commission. En contrepartie, la Forestry Commission s'engage à organiser et encadrer une formation appropriée, rembourser les dépenses effectuées dans le cadre des missions et pourvoir les bénévoles en vêtements nécessaires à l'accomplissement de leurs missions. En gros, le contrat assure au bénévole, du point de vue des responsabilités, le même statut qu'un employé.
La formation obligatoire de huit jours suit le recrutement et comprend notamment des cours de premiers secours et une initiation au fonctionnement de la Forestry Commission. À leur engagement, ils reçoivent un uniforme de bénévole.
Tous les deux mois, les bénévoles indiquent leur disponibilité pour la période suivante et la Forestry Commission organise alors le planning. Chacun en reçoit un exemplaire qui comprend, pour chaque jour, les personnes qui vont travailler et les missions qui leur sont confiées. Les bénévoles ne peuvent contester les missions qui leur sont attribuées, excepté en cas de force majeur. Dans ce cas, ils doivent se faire remplacer. À titre d'exemple, pour le mois d'avril 2009, deux à seize bénévoles ont travaillé chaque jour.
Le principal travail des bénévoles est de patrouiller en forêt pour sensibiliser et informer les visiteurs sur les différents aspects de la gestion de cet espace naturel.
Les missions ponctuelles qui leur sont confiées sont, par exemple :
- la vérification de l'état des infrastructures, de la propreté et de la sécurité des sites d'accueil du public ;
- le ramassage des déchets sur les sites de dépôts sauvages ;
- l'arrachage et le brûlage des plantes invasives ;
- l'aide au parking lors des périodes de grosse affluence ;
- l'observation du comportement des poneys signalés agressifs (des poneys sont en libre pâturage dans une grande partie de la forêt) ;
- assurer des permanences aux points d'information se trouvant en forêt ;
- l'aide à la préparation de manifestations particulières organisées par la Forestry Commission ;
- enfin, certaines actions consistent à fournir une aide dans des recherches scientifiques, comme l'observation des populations d'oiseaux, par exemple.
De manière générale, les bénévoles sont fiers et reconnaissants de pouvoir tenir leur rôle au sein de la Forestry Commission. Leur statut particulier (mêmes responsabilités que les employés mais sans rémunérations) pourrait être dénoncé comme un contrat déguisé de travail, mais la confiance construite entre les bénévoles et la Forestry Commission est telle qu'une action juridique semble très improbable.
Du côté de la Forestry Commission, le bilan est également positif :
- c'est une réponse à une demande du public ;
- les bénévoles sont une force active sur la forêt et un soutien nécessaire à sa gestion.
De plus, un point inattendu s'est dégagé : ces bénévoles, par leur statut particulier, font la jonction entre les points de vue du grand public et des professionnels de la forêt sur la gestion des espaces naturels.
En conclusion, deux risques sont soulevés. Premièrement, les accusations de concurrence déloyale vis-à-vis des autres acteurs œuvrant en forêt n'ont pas lieu d'être car les dépenses de gestion de la forêt n'ont pas diminué depuis la mise en place du programme de bénévolat. Deuxièmement, un sentiment d'appropriation excessive de la forêt par certains bénévoles pourrait transformer ceux-ci en « shérifs » de la forêt. Ce type de désagrément a jusqu'à présent pu être évité grâce au soin particulier apporté lors de la sélection des futurs bénévoles.
Avant de transposer le modèle en France ou en Belgique, quelques approfondissements seraient nécessaires, notamment sur les contraintes liées au droit du travail, à la responsabilité et à la concurrence déloyale qui ne sont pas forcément les mêmes d'un côté et de l'autre de la Mer du Nord. [C.H.]
Jarry C. [2011]. Du bénévolat en forêt : l'exemple anglais. Revue Forestière Française 63 (3) :379-386.




