La conservation des espèces via leurs habitats est un concept bien ancré. On sait que les habitats doivent être de taille suffisante et connectés entre eux. Des recherches récentes mettent en avant un autre aspect à prendre en compte dans le choix des habitats : c’est l’importance de leur hétérogénéité vis-a-vis de l’optimum. En d’autres mots, offrir à une espèce son habitat optimum n’est pas forcément gage de réussite, surtout lorsque son principal parasite a l’habitude de choisir les mêmes sites.
Une équipe de l’UCL a ainsi mis en relation la densité de chenilles du Nacré de la bistorte (Boloria eunomia, menacé en Wallonie) avec une description de ses microhabitats. Elle a ensuite analysé la présence de son parasite spécialiste, une guêpe nommée Cotesia eunomiae, dans ces mêmes microhabitats.
Les résultats montrent que les chenilles et les guêpes se répartissent dans les mêmes microhabitats, principalement là où la bistorte, la plante hôte du Nacré, est la plus abondante. Les chercheurs en déduisent donc que la femelle du Nacré et la guêpe utilisent les mêmes signaux pour choisir leur habitat. Logiquement, le Nacré paie donc un coût en termes de capacités adaptatives (la fitness) en pondant ses œufs dans des habitats où la prévalence du parasitisme est forte.
Or, les chercheurs ont remarqué que le Nacré pond également fréquemment dans des habitats qui ne sont pas optimaux pour ses chenilles. Mais la prévalence moindre du parasitisme dans ses habitats contrebalancerait les désavantages d’un habitat non optimum. La survie des chenilles serait donc similaire dans les deux types d’habitats.
En termes de politique de conservation, il apparaît donc crucial de préserver un habitat hétérogène, incluant des zones optimales et d’autres moins, afin de pouvoir assurer la survie du Nacré de la bistorte et de sa guêpe parasite. [C.H.]
Choutt J., Turlure C., Baguette M., Schtickzelle N. [2001]. Parasitism cost of living in a high quality habitat in the bog fritillary butterfly. Biodiversity and Conservation 20(13) : 3117–3131 (15 p., 5 fig., 1 tab., 58 réf.).




