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forêt-MAIL n° 108 (avril 2014)

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Objectif : qualité [1294]

En s’y prenant à temps, il est tout à fait possible d’obtenir des noyers ou des variétés de fruitiers sauvages présentant un axe apical dominant, laissant présager l’émergence de billes de pied de grande qualité. C’est la conclusion d’un voyage d’étude réalisé en Suisse et en Allemagne par des forestiers suisses.

Ils mettent notamment en avant l’importance du choix de la provenance pour le noyer, les possibilités de culture de fruitiers sauvages, comme le pommier ou le poirier, sur d’anciennes terres agricoles et la nécessité de former un houppier large et équilibré pour produire une bille de qualité. Les feuillus précieux installés dans une régénération naturelle doivent être dégagés précocement afin de ne pas être étouffés par le hêtre ou le frêne.

Pour ce qui concerne les provenances de noyer, une différence d’allure apparaît manifestement entre les noyers indigènes (historiquement sélectionnés pour leur production de fruits) par rapport aux provenances autochtones du Cachemire, du Pakistan ou de l’Inde. Les meilleurs provenances ont une bille de pied de 6 à 7 mètres sans branches et des diamètres de 23 à 28 cm après 25 ans seulement. Les provenances autochtones ont aussi des houppiers moins larges que les noyers indigènes et des branches plutôt orientées vers le haut.

Les qualités observées ne s’obtiennent toutefois pas sans investissements suivis. Après l’enlèvement de la clôture et les soins culturaux intensifs des premières années, les interventions ciblées se réalisent tous les 3 ans avec un premier élagage à l’âge de 9 ans. L’opération doit se renouveler jusqu’à l’obtention d’une bille de pied de 6 à 8 mètres, en maintenant un houppier d’au moins la moitié de la hauteur totale de l’arbre. Le houppier doit être dégagé de toute concurrence, sauf durant la phase d’installation où il nécessite un léger couvert.

Un essai de plantation de fruitiers sur terrain agricole est également présenté. Pommiers, poiriers, merisiers, alisiers et cormiers ont été plantés il y a 13 ans avec un espacement de 3,2 mètres entre les lignes et 5 mètres sur la ligne. Certains ont été tuteurés pour accompagner leur élongation trop marquée. Les fûts sans branche font actuellement entre 3 et 5 mètres et l’axe apical est bien marqué pour toutes les essences. C’est le merisier, suivi du noyer, qui présente les plus grandes croissances. La densité trop importante commence à se faire sentir et un détourage énergique devient nécessaire pour assurer le développement des houppiers. L’objectif de production est d’obtenir, en 60 ans, 150 m3 de billes de qualité menuiserie (estimées à 650 €/m3). L’objectif semble bien engagé et promet, investissements déduits, un rendement très supérieur au rendement agricole classique de la région. [C.H.]

Mayland J.-P., Junod p. [2011]. Produire d’emblée de la qualité. La Forêt 63(2) : 11-132 (3 p., 1 fig.).

Transformation de jeunes pessières en peuplements multi-étagés [1295]

Une étude réalisée en Suède a exploré différents traitements appliqués à des jeunes pessières en vue de les transformer vers des peuplements à plusieurs étages. L’étude s’est consacrée aux possibilités de transformation des pessières à l’âge de la première éclaircie.

Afin de s’adapter aux techniques de mécanisation appliquées en Suède actuellement, la transformation a été initiée par des éclaircies précoces et très fortes (enlèvement de 60 % de la surface terrière du peuplement en un seul passage). Le but des éclaircies était de déclencher la différenciation des diamètres, d’améliorer la stabilité individuelle des arbres, de promouvoir la croissance des arbres de petites dimensions et d’initier la régénération naturelle.

Trois peuplements d’épicéa proches de la première éclaircie (hauteur dominante de 15 à 16 mètres) ont fait l’objet de l’étude. Quatre traitements différents ont été appliqués aux peuplements : trois types d’éclaircies différentes très fortes et un traitement témoin sans éclaircie. Le développement futur de chaque peuplement a été simulé durant les cinquante prochaines années grâce à un modèle de croissance.

Deux constatations importantes ressortent de l’étude. Premièrement, la forte diminution de croissance liée aux éclaircies fortes. Deuxièmement, d’après les simulations, il est possible de transformer les plantations d’épicéa en peuplements multi-étagés en 50 ans. [C.S.]

Drössler L., Nilsson U., Lundqvist L. [2014]. Simulated transformation of even-aged Norway spruce stands to multi-layered forests : an experiment to explore the potential of tree size differentiation. Forestry 87 : 239-248 (10 p., 6 fig., 5 tab., 59 réf.).

La coupe du pivot racinaire des chênes
augmenterait les risques de dépérissement [1296]

Le chêne est une essence intéressante à plus d’un titre : il a une grande capacité d’accueil pour la biodiversité et a une valeur économique élevée. L’augmentation du dépérissement des chênes inquiète donc de plus en plus les forestiers ainsi que les chercheurs. Malgré le consensus général qui indique que la sécheresse serait le principal responsable, très peu d’intérêt a été porté au système racinaire en période de sécheresse.

Des chercheurs ont donc étudié l’effet de la coupe du pivot racinaire, une pratique courante en pépinière, sur la survie des jeunes chênes pédonculés. Les peuplements ont été étudiés grâce à la dendrochronologie et leur réponse aux sécheresses a été comparée à des peuplements gérés en taillis et à des peuplements issus de régénération naturelle.

Dans tous les cas, les peuplements ont montré une chute de croissance lors d’épisodes de sécheresse prolongée. Cependant, les arbres issus de semis naturels ont été moins affectés par les sécheresses. Il semblerait que le pivot racinaire qui n’a pas été coupé permet aux chênes d’accéder plus facilement à la réserve d’eau présente plus en profondeur dans le sol. Par conséquent, les arbres parviennent à mieux résister aux conditions de sécheresse prolongée.

La coupe du pivot racinaire semble donc augmenter un facteur de dépérissement du chêne : la sensibilité à la sécheresse. [S.P.]

Zadworny M., Jagodzinski A. M., Lakomy p., Ufnalski K., Oleksyn J. [2014]. The silent shareholder in deterioration of oak growth : common planting practices affect the long-term response of oaks to periodic drought. Forest Ecology and Management 318 : 133-141 (9 p., 6 fig., 1 tab., 72 réf.).

L’avenir de la régénération de frêne est menacé [1297]

Dans beaucoup de régions d’Europe le frêne est menacé en raison de la chalarose (Hymenoscyphus pseudoalbidus, anciennement Chalara fraxinea). Pour déterminer l’évolution future des écosystèmes dominés par le frêne, il faut examiner leur régénération. Une étude réalisée en Lituanie sur vingt peuplements de frêne mis à blanc en raison des dommages de la maladie a permis d’évaluer leurs capacités de régénération naturelle.

Dans les régénérations apparues après mise à blanc, les semis étaient, en majorité, des aulnes blancs et des bouleaux. Les frênes étaient rares et leur proportion a chuté entre 40 et 100 % selon les peuplements. Parmi les frênes survivants dans la régénération, seuls 29 % étaient sains contre 54 % atteints par la chalarose et 17 % morts. Qui plus est, les frênes avaient une croissance lente comparée aux aulnes, aux érables et aux bouleaux.

La pérennité des peuplements autrefois dominés par le frêne est donc fortement menacée et, dans beaucoup de cas, on assiste à un changement naturel dans la composition des essences. [S.P.]

Lygis V., Bakys R., Gustiene A., Burokiene D., Matelis A., Vasaitis R. [2014]. Forest self-regeneration following clear-felling of dieback affected Fraxinus excelsior : focus on ash. European Journal of Forest Research 133 : 501-510 (10 p., 5 fig., 3 tab., 40 réf.).

Exploitation mécanisée et dégâts au sol :
quels effets sur les racines ? [1298]

Au cours des dernières décennies, les techniques d’exploitation mécanisées ont fortement évolué. Cependant, on s’intéresse encore trop peu aux dégâts provoqués au sol et surtout, aux racines.

Une étude a été réalisée après une exploitation dans un peuplement de sapin pectiné et d’épicéa situé dans les Alpes italiennes. Le suivi a duré trois années durant lesquelles la résistance ainsi que la densité des racines ont été mesurées.

Les résultats ont montré une chute significative de la résistance des racines trois ans après exploitation, alors que la densité de racines a chuté après la deuxième année. La dégradation était plus rapide dans les couches les plus superficielles du sol et pour les racines les plus fines.

Cette étude montre donc, une fois de plus, que l’exploitation mécanisée doit être bien réfléchie afin de limiter au maximum les dégâts au sol, mais aussi aux racines des arbres restants sur pied. [S.P.]

Vergani C., Chiaradia E. A., Bassanelli C., Bischetti G. B. [2014]. Root strength and density decay after felling in a Silver Fir-Norway Spruce stand in the Italian Alps. Plant and Soil 377 : 63-81 (9 p., 8 fig., 7 tab., 118 réf.).

Des infos de la santé des forêts [1299]

Dans sa première lettre d’info, l’Observatoire wallon de la santé des forêts revient sur quelques faits marquants qui ont touché nos forêts en 2013.

Phénologie

On apprend ainsi que, de manière générale, les essences ont connu un net retard de débourrement en 2013 par rapport à 2011. En 2012, il avait été précoce mais étalé sur une longue période, ce qui avait favorisé le développement des chenilles défoliatrices.

Scolytes

En 2013 toujours, l’Observatoire a relevé deux pics importants dans les vols de scolytes. Le premier en mai (vols de la première génération) et le second en juillet (deuxième génération). Alors qu’entre 2008 et 2012 le nombre d’ips piégés dans le réseau d’observation reste relativement stable (entre 2000 et 3000 individus), en 2013 il est monté à 4000 et 7000 individus respectivement en mai et juillet. Suite au deuxième envol, de nombreuses attaques de scolytes sur épicéa ont été enregistrées sur une zone s’étalant entre Arlon, La Roche et Bouillon. Plusieurs milliers de mètres cubes d’épicéa ont dû être récoltés sur le cantonnement de Florenville.

Chalarose

Depuis sa détection en 2010 en Wallonie, la chalarose du frêne s’est répandue très rapidement dans les peuplements. Les régions les plus touchées restent celles d’origine (Hainaut et Condroz) mais depuis 2012 des dépérissements de frênes touchent aussi la Hesbaye et la Gaume, et de manière moindre l’Ardenne et la Fagne-Famenne. Depuis 2013, les premiers arbres atteints commencent à montrer des nécroses au collet. Elles ne sont pas directement mortelles mais représentent autant de portes d’entrée pour les autres pathogènes.

Rouille suisse

De nombreux peuplements de douglas ont montré des attaques de rouille suisse au début de l’année 2013 sur toute l’aire de distribution de l’essence. Le champignon a été favorisé par un été 2012 et un printemps 2013 particulièrement humide. Les peuplements sont à surveiller en 2014.

Anthracnose

Les premiers signes de défoliation sur merisier ont été observés au mois d’août 2012 dans toute l’Ardenne et une partie du Condroz liégeois et de la Famenne. Cette maladie, qui s’attaque à toutes les espèces de Prunus, affaiblit l’arbre et peut causer des dommages importants si l’affaiblissement est suivi d’un hiver rigoureux ou si la défoliation se poursuit les saisons suivantes. En 2013, les attaques se sont poursuivies au printemps mais ont été plus calmes en été en raison des températures et de la faible pluviosité. [C.H.]

OWSF [2014]. La lettre d’info de l’OWSF n° 1 (16 p.).

Un web-documentaire sur l’Herbier national
du Muséum National d’Histoire Naturelle en France [1300]

Le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) est un établissement français de recherche et de diffusion de la culture scientifique naturaliste. Son siège se trouve au Jardin des plantes de Paris. À l’occasion de la rénovation de l’herbier, une équipe de réalisateurs-documentaristes a suivi ce grand projet pendant quatre ans. Cette expérience est transmise par l’intermédiaire d’un web-documentaire intitulé « Herbier 2.0 » qui est maintenant en ligne.

Les collections botaniques du Muséum, appelées « l’Herbier national », font partie des plus remarquables et riches au monde. Elles comptent 8 millions de spécimens et continuent de s’enrichir grâce aux recherches, dons et échanges avec d’autres institutions.

La série documentaire en ligne présente les coulisses de cette opération en deux chantiers autour de cet herbier : la rénovation des locaux du Muséum et la numérisation de ses collections. Ce web-documentaire associe de manière interactive des contenus multimédias (textes, photos, vidéos, etc.) à une narration. [C.S.]

Le web-documentaire est visible sur www.webdoc-herbier.com

Jallais A. [2014]. L’Herbier 2.0 du Muséum National d’Histoire Naturelle. Écho d’Ecofor 30 : 11 (1 p.).

L’effet bénéfique à long terme des espaces verts
sur la santé mentale des citadins [1301]

L’effet bénéfique des espaces verts urbains sur la santé publique est aujourd’hui prouvé. Cependant, l’effet longitudinal, à savoir le suivi de ce phénomène au cours du temps, est encore méconnu.

Une étude réalisée au Royaume-Uni a exploré comment le déménagement vers une zone urbaine verte pouvait affecter la santé mentale d’un individu au cours du temps.

Les résultats de cette étude montrent que les individus qui déménagent vers des zones urbaines moins vertes manifestent une moins bonne santé mentale l’année précédent le déménagement. Mais par la suite, ces individus s’adaptent relativement rapidement à vivre en zone moins verte. À l’inverse, la santé mentale des individus qui déménagent vers une zone plus verte reste stable avant le déménagement, mais s’améliore les années postérieurs au déménagement.

Les auteurs terminent en indiquant qu’un déménagement vers une zone plus verte a des effets positifs durables sur la santé mentale, suggérant ainsi que les politiques environnementales allant dans le sens d’une augmentation des espaces verts pourraient avoir un effet bénéfique global sur la santé mentale publique. [C.S.]

Alcock I., White M. p., Wheeler B. W., Fleming L. E., Depledge M. H. [2014]. Longitudinal Effects on Mental Health of Moving to Greener and Less Green Urban Areas. Environmental Science and Technology 48 : 1247-1255 (9 p., 2 fig., 3 tab., 39 réf.).

L’or blond du Québec [1302]

Au Québec, les volumes de bois récoltés baissent au même rythme que son prix. La crise des subprimes, survenue en 2006 aux USA, a frappé durement le secteur forestier canadien et québécois. Il faut dire que la filière est tournée presque exclusivement vers ce grand marché qui s’est effondré en moins de deux ans. Le Québec, qui comptait plus de 100 000 emplois dans sa filière bois, a vu ce chiffre baisser de 18 %. 46 % du territoire de la Province est recouvert de forêt, ce qui représente 76 millions d’hectares. Si en 2000 les quantités coupées annuellement avoisinaient les 40 millions de mètres cubes, en 2011 elles tournaient plutôt autour des 22 millions de mètres cubes de bois.

Pour les 130 000 propriétaires privés (de plus de 4 hectares), la chute est sévère. Heureusement, nombre d’entre eux ont pu se tourner vers une alternative traditionnelle dans cette région : la production de sirop d’érable. En 2013, 13 500 acériculteurs privés produisaient 120 millions de livres de sirop (contre 69 millions en 1999). 71 % de la production mondiale de sirop d’érable provient du Québec. Les propriétaires privés trouvent dans cette manne un revenu de remplacement qui équivaut pratiquement à la valeur des ventes de bois.

L’érable à sucre (Acer saccharum) s’entaille au mois de février. On compte une entaille par 20 cm de diamètre. Un réseau de tuyau amène la sève vers un local où se trouve une pompe qui crée une dépression. La sève est ensuite chauffée à 107 °C afin d’évaporer l’eau et obtenir un sirop à 66 % de sucre.

Pour qu’un propriétaire puisse vivre de son érablière, on estime que 50 hectares sont nécessaires. Un érable avec deux entailles donne en moyenne 1,6 litre de sirop par saison. À 6,5 $ le litre, l’érablière rapporte 9 000 $ par an. [C.H.]

Rérat B. [2014]. La place de l’érable à sucre au Québec. La Forêt 67(1) : 18-21 (4 p., 2 tab.).

Le précieux bois de drave du Québec [1303]

Au Québec, certains entrepreneurs redécouvre le bois de flottage. Pas comme mode d’exploitation mais plutôt celui qui dort au fond des lacs et rivières. On estime que 20 % des billes dravées à l’époque ont sombré. Ce volume submergé pourrait couvrir les besoins en matière ligneuse du Canada durant une centaine d’années.

Pour valoriser cette abondante ressource, les entrepreneurs s’équipent de sonars capables de calculer la densité du bois immergé et d’en déterminer ainsi l’essence. L’érable et le bouleau jaune sont particulièrement recherchés. À l’aide d’historiens, ils repèrent les territoires où ils ont le plus de chance de trouver ces précieuses essences.

En plus d’une grande valeur patrimoniale, ces billes récupérées ont une valeur marchande importante. Ils sont recherchés aussi bien pour la construction que pour l’ébénisterie ou la lutherie. Le bois est plus dense car les hivers étaient plus rigoureux à l’époque de la drave. Il est également totalement dépourvu de sève vu son immersion prolongée et les arbres atteignent parfois jusqu’à 350 ans. [C.H.]

Girard C. [2013]. Une seconde vie pour le bois de flottage. Les Affaires, 5 octobre 2013 (1 p.).

 

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